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Salammbô

Un de mes auteurs favoris en littérature est sans doute Gustave FLAUBERT. Son style s'impose page après page, en même temps que cette évidence: pas un mot ne manque, pas un n'est de trop. Tout y est juste.

Très vite, Salammbô est devenu pour moi un de ces livres qui vous accompagnent toute une vie durant. A chaque relecture, la fabrique d'images se remet en marche...

Je sais ce que j'y projette, et je me suis demandé quelle pouvait être la vision d'artistes de l'illustration et de la BD.

J'ai donc soumis un de mes textes-fétiches à plusieurs d'entre eux, et ils ont si bien "percuté" que tous ont dit "oui".

Voici le texte:

"Salammbô s'accroupit sur la marche d'onyx, au bord du bassin ; elle releva ses larges manches qu'elle attacha derrière ses épaules, et elle commença ses ablutions, méthodiquement, d'après les rites sacrés.

Enfin Taanach lui apporta, dans une fiole d'albâtre, quelque chose de liquide et de coagulé ; c'était le sang d'un chien noir, égorgé par des femmes stériles, une nuit d'hiver, dans les décombres d'un sépulcre. Elle s'en frotta les oreilles, les talons, le pouce de la main droite, et même son ongle resta un peu rouge, comme si elle eût écrasé un fruit.

La lune se leva ; alors la cithare et la flûte, toutes les deux à la fois, se mirent à jouer.

Salammbô défit ses pendants d'oreilles, son collier, ses bracelets, sa longue simarre blanche ; elle dénoua le bandeau de ses cheveux, et pendant quelques minutes elle les secoua sur ses épaules, doucement, pour se rafraîchir en les éparpillant. La musique au-dehors continuait ; c'étaient trois notes, toujours les mêmes, précipitées, furieuses ; les cordes grinçaient, la flûte ronflait ; Taanach marquait la cadence en frappant dans ses mains ; Salammbô, avec un balancement de tout son corps, psalmodiait des prières, et ses vêtements, les uns après les autres, tombaient autour d'elle.

La lourde tapisserie trembla, et par-dessus la corde qui la supportait, la tête du python apparut. Il descendit lentement, comme une goutte d'eau qui coule le long d'un mur, rampa entre les étoffes épandues, puis, la queue collée contre le sol, il se leva tout droit ; et ses yeux, plus brillants que des escarboucles, se dardaient sur Salammbô.

L'horreur du froid ou une pudeur, peut-être, la fit d'abord hésiter. Mais elle se rappela les ordres de Schahabarim, elle s'avança ; le python se rabattit et lui posant sur la nuque le milieu de son corps, il laissait pendre sa tête et sa queue, comme un collier rompu dont les deux bouts traînent jusqu'à terre. Salammbô l'entoura autour de ses flancs, sous ses bras, entre ses genoux ; puis le prenant à la mâchoire, elle approcha cette petite gueule triangulaire jusqu'au bord de ses dents, et, en fermant à demi les yeux, elle se renversait sous les rayons de la lune. La blanche lumière semblait l'envelopper d'un brouillard d'argent, la forme de ses pas humides brillait sur les dalles, des étoiles palpitaient dans la profondeur de l'eau ; il serrait contre elle ses noirs anneaux tigrés de plaques d'or. Salammbô haletait sous ce poids trop lourd, ses reins pliaient, elle se sentait mourir ; et du bout de sa queue il lui battait la cuisse tout doucement ; puis la musique se taisant, il retomba."

Grâce à Manuel GERARD (De l'Art sur la Planche), se sont prêtés au jeu Fred BERNARD, Antonio PARRAS, Aude SAMAMA, et François THOMAS. De mon côté, j'ai trouvé une planche de Esteban MAROTO (format raisin s'il-vous-plaît!), et j'ai contacté TANXXX et RICA.

Celle de Rica est faite: je l'ajouterai quand je l'aurai reçue. Trois autres sont en préparation.

J'écoute toutes les suggestions. A suivre donc...