Brooklyn_Dreams_couvImpasse interdite

Vous ne pouvez pas faire l'impasse sur ce beau (et volumineux) roman graphique de J.M. DeMatteis et Glenn Barr qui arrive en édition française aujourd'hui (traduction de l'américain par Sidonie Van den Dries), mais a été publié aux Etat-Unis en 4 volumes en 1994, et compilé en 2003 chez DC Comics.

Le sens de la vie

Avant que le rideau ne se lève, le narrateur s'interroge sur la véracité d'un récit autobiographique qui passe souvent pour un conte de fées, et rappelle qu'une vie ne prend de sens qu'a posteriori lorsque certains de ses moments s'imposent comme vrais sous quelque éclairage qu'on les mette.

Vincent ou Carl Santini?

Il s'agira donc de toucher à la vérité de la vie, dans les années 70, d'un enfant de Brooklyn à l'état civil incertain, son père, un Italien colérique, voulant l'appeler Vincent, tandis que sa mère, une juive inquiète qui somatise en permanence exige Carl.

Brooklyn_Dreams_copie          Brooklyn_Dreams_001_copie

Difficile dans ces conditons de se trouver une identité à travers une enfance que hante la mort apparue un jour dans le bain et une adolescence lycéenne vécue un peu par procuration à travers des modèles de la "coolitude".

Brooklyn_Dreams_005

Démons et bons génies

Heureusement, il y a quelques bons génies: le fantôme du chien recueilli dans la rue, le professeur qui fait découvrir Dostoïevski, celle qui a décelé un talent littéraire chez le narrateur qui grâce à elle ne va pas fréquenter que des limaces au lycée.

Et ces bons génies vont combattre le démon qui hante la famille: le DENI. Le déni qui empêche d'assumer ses responsabilités, qui fait qu'on se décharge de ses propres carences sur les autres en les rendant coupables de ne pouvoir réaliser le rêve américain peint par Norman Rockwell.

Brooklyn_Dreams_011

Je vous laisse découvrir les règlements de comptes familiaux lors d'un enterrement épique, et les bocaux pleins de secrets qui donnent un sentiment de puissance à qui les détient!

Brooklyn_Dreams_008_copie     Brooklyn_Dreams_009_copie

Un je-ne-sais-quoi qui est presque tout

Le récit est un lente quête. Lente (mais jamais ennuyeuse) parce que la narrateur joue avec notre impatience en ouvrant comme par inadvertance d'inattendus tiroirs ou en empruntant des chemins de traverse. Quête, parce que tout du long on cherche ce quelque chose (peu importe le nom qu'on lui donne) qui répond à toutes les questions, comble miraculeusement les vides, et donne à une vie la plénitude de son sens.

Mais attention, tout cela est dit avec tantôt humour, tantôt légèreté, tantôt douleur, tantôt joie, tantôt dérision, et pareille diversité est servie par le dessin de Glenn Barr qui manie avec élégance et toujours à-propos des manières différentes, et n'est pas pour rien dans la gourmandise avec laquelle on tourne ces quelques centaines de pages.

En voici un échantillon.

Brooklyn_Dreams_003_copie     Brooklyn_Dreams_006_copie     Brooklyn_Dreams_010_copie

J'aurais pu parler de Woody Allen et de Henry Miller, autres natifs de Brooklyn, mais franchement ce volume tient très bien la route tout seul, sans de tels parrains...

BROOKLYN DREAMS (roman graphique) Récit de J.M. DEMATTEIS, dessins de Glenn BARR, chez FUTUROPOLIS (juin 2009)