Sacco_Gaza_56_couvGAZA 1956

En marge de l'Histoire

de Joe SACCO

Titre original: Footnotes in Gaza (2009)

Traduction de Sidonie Van den Dries

_____________

Comment rendre pleinement compte d'un telle somme (plus de 400 pages)? Mission impossible tant il y aurait d'entrées pour le commentaire et de pistes pour l'exploration.

Je préfère vous dire que si les mots "encore" et "toujours" vous viennent à l'esprit quand vous entendez ou lisez "Bande de Gaza", si le sentiment de n'y rien comprendre vous lasse, ou si vous craignez de réagir de façon épidermique en prenant tel ou tel parti, cette mise à plat ravivera votre confiance et votre intérêt tant elle est minutieuse et incroyablement précautionneuse.

Certes, ce sont toujours les mêmes mots qui reviennent depuis plus de 50 ans sur le sujet, au point qu'on s'y habitue et qu'il rentrent dans la norme d'une certaine fatalité comme le dit si bien cette page (planche3, page 13) où les journalistes, désespérant de quelque nouveauté, tuent le temps en faisant la fête (page 14).

Sacco_Gaza_56_pl3_p13

Aussi, quand Joe Sacco parle de son projet d'éclairer des faits vieux de plus de 50 ans, des massacres qui auraient été perpétrés par des soldats israéliens à Khan Younis puis à Rafah en novembre 1956, il se heurte à des réticences de tous côtés. Il faut dire que tout est déjà tellement difficile à débrouiller aujourd'hui qu'on peut discuter l'intérêt d'affronter, pour éveiller un lointain souvenir, la rareté des sources documentaires officielles perdues ou dissimulées ainsi que la faillibilité de la mémoire des témoins qui n'étaient souvent alors que des enfants.

Mais au fur et à mesure que l'enquête progresse, on s'aperçoit que ces événements de novembre 56 prennent leur source bien plus haut dans le temps, et n'ont pas fini de donner du sens au présent. Oui, cette enquête méthodique auprès de la population locale sur des notes de bas de page (footnotes) et des annexes (marges) de la "grande" Histoire est loin d'être dérisoire, car elle met dans une lumière particulière les discours calibrés et cyniques des réalismes politiques de tous bords. Sans doute ce qu'il y a de concordant dans les récits subjectifs et discordants de la multitude de témoins vaut-il mieux que les déclarations mécaniques et concertées des tribuns à la face du monde.

Au terme de l'investigation, on découvre qu'au-delà de savoir  qui a raison ou qui a tort, il reste la souffrance de part et d'autre de personnes bousculées, meurtries, manipulées, avilies, et que là se trouvent les racines de la colère et de la haine.

Sacco_001_copie         

Un vraie, grande lecture, stimulante quand on pense que la route qui sépare la bande de Gaza de l'Egypte, sur laquelle circulent les troupes israéliennes et sous laquelle passent des tunnels de contrebande, s'appelle "Philadelphie": étymologiquement, "qui aime son frère"...

On appréciera les avertissements de Joe Sacco: "Tout acte de visualisation - le dessin, dans ce cas - s'accompagne d'une inévitable dose de réfraction." En tous cas, son "interprétation visuelle" est foisonnante.

Sacco_Gaza_56_p35     Sacco_Gaza_56_p36Sacco_Gaza_56_p37     Joe_Sacco_Footnotes_in_Gaza_25_copie

Difficile de faire des scans sur un aussi gros volume. Heureusement, j'ai pu glaner ici ou là sur la toile quelques belles pages de la version originale. De nombreuses pages sont visibles sur le site de Futuropolis, à l'adresse suivante: http://backstage.futuropolis.fr/debat/blog/joe-sacco-gaza-1956-en-marge-de-l-histoire-en-prepublication

Sacco_Gaza_56_p     Sacco_Gaza_56_p130     Sacco_Gaza_56_p131     Sacco_004_copie