un_regard_par_dessusUn regard par-dessus l'épaule

Scénario de Pierre Paquet

Dessin et couleur de Tony Sandoval

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Si le grain ne meurt...

La superbe couverture de l'album annonce très clairement le thème: la vie est ambivalente, et elle ne bourgeonne et n'éclate que parce qu'elle nous a d'abord percé de part en part. Le plus grand des bonheurs et la pire des souffrances ne sont pas plus dissociables que le recto et le verso d'une feuille.

La tête contre les murs

Pepe a onze ans et ne rêve que de faire des bêtises. Quelque chose se produit brutalement dans sa vie qui prend d'abord la forme d'une curieuse invitation: ce n'est pas le Lièvre de Mars, mais l'enfant Jésus qui, ayant lâché la main de sa mère, la Vierge de Montserrat, invite Pepe à passer de l'autre côté... du mur.

Sandoval_Regard_02Commence alors un voyage initiatique à la poursuite d'une lumière fuyante. Chassé par d'effrayants grognements, Pepe se jette la tête contre les murs qui, cédant les uns après les autres, lui dévoilent d'autres mondes où il découvre ce que c'est que d'être adulte.

L'enfant croit tout savoir, l'adulte doit prendre ses responsabilités: ce n'est pas en croupissant sur un banc, à ressasser ses souvenirs que l'on vit. Il faut provoquer son destin, admettre que ses actes sont irréversibles, que l'on fait souvent le mal en croyant faire le bien, que la beauté jouxte la mort, que l'homme est le pire des prédateurs et qu'il est pourtant capable d'amour.

Sandoval_Regard_05Et puis surtout, surtout, que la mort propre n'est rien ("Il paraît qu'il n'y a rien de plus facile que de monter les marches du Paradis.") comparée à la mort de l'autre avec laquelle s'évanouit l'enfance.

Cela m'embête un peu, parce que vous pourriez penser que c'est un album déprimant. Mais non, il est juste en phase avec ce qu'il dit, et offre de la légèreté et de la fantaisie en écho à l'horreur.

Los monstruos de Tony

Sandoval_Regard_06A cet égard, Pierre Paquet a eu l'intelligence de faire appel à Tony Sandoval dont le dessin porte en lui toute cette ambiguïté. On connaît ses délicates jeunes filles meneuses de loups et porteuses de bêtes immondes en leur sein. On connaît la force, la rage de ses rockers, capables de faire naître des mondes brutaux.

Ici, le dossier qui clôt le volume est passionnant, car il permet de comprendre la technique de Tony Sandoval: planches crayonnées au trait subtil mises en couleurs a posteriori. Il permet aussi de s'interroger sur ce qui se passe entre le scénario et la mise en images à en croire les feuilles d'indications de Pierre Paquet qui semblent laisser libre cours au dessinateur ou inviter au dialogue.

CP_EXPO_TONYUne dernière petite indication sur la Vierge romane de Montserrat. Liée au mythe fondateur de la Catalogne, liée donc à une identité nationale, accompagne-t-elle pour cela Pepe dans sa quête d'identité? Mais je ne comprends pas pourquoi cette austère vierge noire dont on peut voir quelques photos dans le dossier, est devenue dans l'album cette figure toute en rondeurs. Peut-être parce que Pepe la voit comme cela, familière et rassurante?

J'aurais sans doute posé la question aux auteurs si j'avais pu participer au vernissage de l'exposition proposée par Lorenzo Pioletti dans sa librairie galerie à Lausanne (Libraire Raspoutine, http://www.raspoutine.ch/).

Mais ce n'est que partie remise, car je compte bien profiter de la durée de l'exposition (jusqu'au 29 mai 2010) pour voir tout cela de plus près!

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